Historique du théâtre du château


En 1954, naissait à La Tour-de-Peilz un mouvement à vocation théâtrale baptisé Cercle Littéraire. Un demi-siècle plus tard, ce qui est devenu le Théâtre et Tréteaux du Château se souvient. Une sacrée histoire, des hauts et des bas et, toujours, cette incorrigible passion pour la chose théâtrale: petite histoire… en toute subjectivité.

Une façade en pierres apparentes sur la rue du Château à La Tour-de-Peilz; précisément l'axe principal qui conduit au vénérable Château… En descendant vers le lac, sur la gauche, l'œil est attiré par ce mur. Une enseigne, une vitrine: on y est. Voici le Théâtre du Château, fief d'une troupe amateur quasi éponyme: le Théâtre et Tréteaux du Château.

Cette année, la compagnie célèbre un anniversaire. Et pas n'importe lequel. Cinquante ans. Non pas de sa création en tant que telle; mais d'activité théâtrale amateur à La Tour-de-Peilz. Le 17 septembre 1954 en effet, un groupe de passionnés de l'art dramatique donne naissance à un mouvement à vocation théâtrale qu'il baptise Cercle littéraire. Son activité principale est le répertoire de boulevard, qu'il présente dans des soirées villageoises. Le président s'appelle Gaston Spring.

On sait peu de choses de ces premières années d'existence. Des spectacles sont bien mis sur pied, mais des désaccords internes importants apparaissent. Au point qu'en 1962, c'est la scission. Le 12 août, Henri Pidoux et quelques amis fondent les Tréteaux de La Tour. Voilà pour l'origine du nom actuel. Chaque société a pour but «la pratique du théâtre amateur». «Sous quelque forme que ce soit», selon les Tréteaux. Le Cercle parle de «toutes activités apparentées au théâtre».


Entrée du Théâtre

Emmené par Roger Bruchez, le Cercle littéraire parvient de son côté à créer le Théâtre de poche, soit l'actuel Théâtre du Château. C'est une ancienne école enfantine mise à disposition par la commune. L'endroit a été transformé en salle de spectacle en perspective du congrès annuel 1962 de la Fédération suisse des sociétés théâtrales amateurs (FSSTA). Le premier du genre accueilli à La Tour, il y en aura deux autres.

Cet épisode marque l'apogée des deux troupes concurrentes. De 1962 à 1966, elles vont plutôt survivre lors d'un long déclin. En 1965, lasse de cette situation pour le moins contre-productive, la Municipalité charge l'un de ses membres, le notaire Edouard Grangier, de réaliser la fusion des deux entités. Le Cercle littéraire n'a alors plus d'activité, mais contrôle toujours le Théâtre de poche.

Le municipal arrive à ses fins. L'assemblée de fusion a lieu le 29 janvier 1965. Passant outre quelques grognements dans l'assistance, le mariage est voté à l'unanimité. Un nouveau nom est adopté: Tréteaux du Château – Société théâtrale amateur. Edouard Grangier en assurera la présidence à titre provisoire.

La grande histoire peut commencer

La vraie grande histoire du Théâtre du Château peut alors commencer. Car avec la fusion, s'ouvre une longue ère d'intense créativité et activité artistique. Cette dynamique devra beaucoup à un homme: Gil Perret, qui reprend la présidence dès 1966. Il va marquer ainsi une bonne vingtaine d'années de la vie du TDC, se démenant sans cesse pour faire vivre le lieu et la troupe. De 1965 à nos jours, le nombre de spectacles mis sur pied dans la maison va dépasser la centaine. Du théâtre bien sûr, mais aussi de la danse avec la compagnie de Michèle Lambert, active une vingtaine d'années entre 1975 et 1995.

Impossible de tout citer. Ni les titres portés à l'affiche du TDC, ni les nombreuses personnes qui ont donné un peu – voire beaucoup – d'elles-mêmes pour le Théâtre. La troupe aborde tous les genres. Jean Giraudoux flirte avec René Morax, Robert Merle s'acoquine avec Jean-Vilar Gilles, Carlo Goldoni Tutoie Bertold Brecht. Sans compter la période des revues satiriques dans la seconde moitié des années 70. Là, c'est Gil Perret qui prend lui-même la plume. Cette même période voit aussi l'apparition d'une école de théâtre, qui présente ses propres productions en fin d'année scolaire.

Transformations

Des travaux à signaler également. Jusqu'en 1979, l'actuel bar au rez-de-chaussée accueillait dans le même espace deux loges, plaçant comédiens et public dans une promiscuité toute conviviale! En 1979 donc, la commune, toujours propriétaire, fait isoler le toit (troisième étage), afin que l'on y aménage des loges qui, du coup, deviennent luxueuses. Alors que la régie se modernise dans la salle, le bar devient un fort sympathique carnotzet.

Ainsi s'écoule le temps. Arrivent les années 80. Un à deux spectacles par année, sans compter l'école de théâtre qui compte un groupe des petits et un autre des grands. En 1984, le TDC accueille son second congrès FSSTA, douze ans après celui de 1962. Au-delà des officialités, le comité d'organisation présidé par Aldo Andreotti a mis sur pied un véritable festival sur quatre jours, où la compagnie hôte ainsi que différentes autre troupes suisses se produisent.

En 1987, se souvenant de la fondation des Tréteaux de La Tour en 1962, le TDC décide de marquer ce quart de siècle par la présentation sous tente à la place des Terreaux de la pièce «Les vilains» de Ruzzante. L'école de théâtre est aussi de la partie, ainsi notamment que l'humoriste François Silvant et les musiciens endiablés du Beau Lac de Bâle; il paraît qu'en termes de nuisances sonores nocturnes, la police locale n'avait jamais vu cela!

Après la fin de la longue présidence de Gil Perret, les mandats à la tête de la société se feront plus brefs. Anne Mancelle pour la fin des années 80, Daniel Warpelin au début des années 90, Pierre-François Petiot de 1993 à 1998.

Reprendre son souffle

Alors que les spectacles se suivent année après année, le TDC se produit en extérieur en 1990. Le poignant «Montserrat» mis en scène par Gil Pidoux est présenté au port de La Tour. Toute une infrastructure est mise en place pour l'occasion: le projet est de taille.

Durant les années 90, pas mal de têtes changent. Parfois, le TDC peine un peu à retrouver son élan des meilleures années, mais arrive toujours à rappeler qu'il existe. Mieux parfois: tel ou tel spectacle parvient régulièrement à attirer les foules, et c'est alors l'euphorie des supplémentaires et des interminables soirées joyeuses dans les vieux murs.

Depuis 2003 (année où le TDC accueille son troisième congrès FSSTA), un comité élargi et partiellement renouvelé s'est mis en tête de donner un nouveau coup de fouet à la jubilaire maison. Outre la poursuite de la réalisation de pièces (si possible deux par année), l'idée est de mettre sur pied une réelle saison culturelle basée sur un programme de spectacles invités. Que le TDC vive toute l'année par lui-même comme par ceux qui ont envie de venir y jouer. Dans ces conditions, il est certain que son existence sera encore longue.

Grégoire Nappey Membre du comité